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L’église et ses visages peints
Simple oratoire dans les temps anciens, l’église a été construite à partir du milieu du XIème siècle. Placée sous le vocable de Saint-Vincent, patron des vignerons, comme en attestent les grappes de raisins sculptées sur le portail d’entrée, elle a été remaniée aux XVII et XVIIIème siècles avec la construction d’arcatures du côté droit de la nef. Outre ses dimensions très vastes pour une église rurale, c’est sa voûte qui reste exceptionnelle …
Ses 92 visages peints sur un lambris de bois de châtaignier en forme de coque de vaisseau renversée, ont été réalisés en 1634 , d’après un cartouche peint sur la voûte, par Jean Julian, peintre, et Julien Vérité qui était alors chirurgien et procureur de la « Fabrique ».
La Fabrique était jusqu’en 1905 l’organisation gérant le fonctionnement de la Paroisse, et dirigée par un ‘’Procureur’.
Ces visages peuvent appartenir à de simples villageois, ce qui pourrait expliquer leurs représentations assez naïves. Quels pouvaient être leurs liens avec le peintre ou le procureur de la fabrique ?
Certains visages sont parfois accompagnés d’initiales F C H ou B O, ce qui pourrait supposer que certains personnages auraient pu payer le peintre ou le Procureur pour être représentés sur la voûte…
illustration du Roman Comique
de Scarron
Toile musée du Mans avec reproduction autorisée par celui-ci
Paul Scarron
Petits métiers XVIIe s
Cette galerie de portraits populaires amène naturellement à s’intéresser à d’autres réalisations liées à cette période. Ainsi, Le Roman Comique de Scarron, dont la 1ère partie a été écrite en 1651, constitue une référence possible. En effet, Paul Scarron, seigneur de Fougeret , de Beauvais et de La Rivière, a vécu au Mans de 1632 à 1640,
Auteur réputé, Scarron a écrit de nombreuses pièces et ouvrages de comédie, dont ‘’ Le Roman Comique’’, décrivant l’arrivée d’une troupe de comédiens turbulents dans les rues du vieux Mans. L’histoire narre les aventures assez rocambolesques de ces personnages dans les quartiers de la ville et de ses alentours.
Or, les illustrations de cette œuvre joyeuse et sans complexe ont toujours reflété le caractère picaresque descomédiens décrits. Les eaux fortes ou gravures parues dès le XVIIème, voire plus tard, ont présenté notamment des personnages aux traits assez réguliers, mais aussi exagérés, voire caricaturaux, similaires à ceux de la voûte.
Dans cet esprit, l’association, en liaison avec la Commune et le Pays Vallée du Loir, a organisé, en 2005, une animation du village sur le thème « Le petit peuple de Scarron » à Saint-Vincent du Lorouër. Pendant deux jours, les nombreux visiteurs ont pu effectuer une visite du village avec un guide habillé en costume d’époque, assister à deux concerts de musique baroque donnés dans l’église, et participer à l’auberge de l’Hermitière à un dîner style XVIIe siècle.
Cette belle manifestation, de plus de 250 participants, a permis de faire revivre les visages de la voûte, de les relier à une histoire de leur époque ,mais aussi de leur permettre de contempler les visiteurs du 21éme siècle, intrigués et fascinés par le naturel et le réalisme de leurs portraits dessinés.